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Un lieu métropolitain

L’espace public aux abords des gares du métro du Grand Paris renvoie à la notion floue d’espace public métropolitain. Pour dissiper ce flou, je propose de nous intéresser à la question plus précise du lieu métropolitain. En effet, l’espace public aux abords des gares constitue le point de contact entre la dimension métropolitaine (le réseau de mobilité) et le lieu (le territoire local).

Par définition ce qui est métropolitain est extra local (métropole signifie « ville-mère », ville qui a des colonies, des liens avec des territoires extérieurs à son propre territoire), tandis qu’un lieu est au contraire une portion délimitée d’espace, donc un espace défini, capable de vivre par et pour lui-même. Si ces deux termes sont en apparence antinomiques, un lieu, lorsqu’il devient métropolitain, ne doit bien sûr pas perdre son identité de lieu mais doit forger cette identité dans sa relation à d’autres lieux métropolitains. La notion de lieu métropolitain suppose en réalité de facto qu’il existe un réseau de lieux.

Le réseau des gares du métro du Grand Paris doit permettre de construire bien plus que des espaces publics de qualité : son ambition doit être de faire naitre un véritable réseau de lieux métropolitains. Car dans une métropole, de tels espaces publics sont primordiaux voire vitaux, en tant qu’expressions et réceptacles de la vie et de la mémoire collective. Pour que ces espaces soient à la hauteur de cet enjeu, ils doivent devenir des lieux avec une existence propre, indépendante des dimensions métropolitaine et locale qu’ils mettent en relation. En devenant des lieux, ils ne pourront plus rester de simples espaces de passage, des vides traversés, des absences où le pas s’accélère pour réduire le temps. Ils seront alors des lieux où l’on peut aussi rester, où l’on peut se tenir, des lieux de destination, où l’on peut faire ou ne rien faire.

Une dernière chose : pour faire naître un lieu, il faut un projet. Le projet de gare seule ne suffit pas. Il détourne d’ailleurs de l’objectif véritable et collectif, et confère à la gare une responsabilité qu’elle ne peut pas assumer. Il faut donc bâtir une pensée qui puisse donner une unité et une cohérence à des éléments qui pourraient rester juxtaposées sans cela, qui puisse considérer que l’espace public et la gare forment un tout et construisent ensemble, et non l’un contre l’autre, ce paradoxe, ce à la fois stimulant qu’est un lieu métropolitain.