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Terre soufflée : étude du relief infrastructurel parisien

TVK, Pierre Alain Trévelo, Antoine Viger-Kohler, David Malaud and Mathieu Mercuriali
Avec les dessins réalisés par Stella Armeli et Phoebe Eddelston, avec l’aide de Lou Cavallo, Aness Kajeiou, Léo Lallemand, Piotr Marczac, Baptiste Picard, Ackbaree Rumjaun et Cécile Triadu.

Cet article synthétise une recherche sur la morphologie des infrastructures en s’appuyant sur l’exemple du relief infrastructurel parisien. Publié dans un numéro hors-série de la revue Built Environment éditée par Alexandrine Press, l’article développe une communication de Pierre Alain Trévelo au séminaire international « Rez-de-ville : Urban Ground floor », organisé par Andres Sevtsuk et Justin Kollar du MIT City form lab, les 22 et 23 septembre 2023 à la School of Architecture and Planning du MIT Boston. 

L’infrastructure peut être considérée comme un fait terrestre. Fondé sur la perspective anthropologique latourienne qui considère les objets techniques comme des choses plus qu’humaines, l’article étudie l’infrastructure comme un agent géomorphologique. Tout comme l’eau, le vent ou l’activité magmatique, elle participe en effet au « soufflage » de la Terre, c’est-à-dire la création permanente d’un relief poreux mis en forme par les processus biogéochimiques qui agitent la « zone critique ».  

La « Terre soufflée » est explorée à travers le cas du relief infrastructurel parisien, représenté par une cartographie inédite montrant les principales formes infrastructurelles. La description de cette topographie passe par un glossaire de 6 archétypes géomorphologiques (cavité, terrasse, escarpements, lit, contrefort, plateau), illustrés par des situations historiques. 

Les auteurs portent ensuite une analyse plus approfondie sur la morphogenèse de trois massifs infrastructurels spécifiques dont les dernières transformations ont été conçues par TVK. Ces projets reflètent une nouvelle « saison des infrastructures » où l’héritage infrastructurel est recyclé, intégrant les problématiques de la continuité de l’espace public et de la vitalité du sol. La relecture rétroactive souligne trois process de transformation architecturale (altération, érosion, aggradation), à l’origine d’un paysage tridimensionnel qui abrite une diversité d’activités humaines et non-humaines, renforçant l’adhérence terrestre de ce relief infrastructurel.

Finalement, cette enquête géomorphologique conduit à une redéfinition du concept d’infrastructure, en tant que la médiation qui relie l’architecture et la Terre. Cela ouvre une possible réactualisation de la théorie all’antica de l’architecture comme surédification, fondée sur trois modalités de cette médiation : la formation, la fondation et la coalition.